Resté un moment seul avec la jeune fille, Don Juan se confie : avant de la séduire, il a connu l'amour, et il l'a perdu. Il accepte de renoncer à l'inconstance et aux plaisirs pour rendre hommage à ce sentiment profond qu'il n'a connu qu'une seule fois. Par cette attitude, Don Juan brise son propre mythe. En obtenant ce qu'elles affirmaient vouloir, les femmes perdent cette seule image qu'elles avaient du séducteur : un homme libre, volage, impitoyable, mais terriblement fascinant, qui ne recherche que les plaisirs et ne connait pas l'amour. Et aucune des femmes ne supporte l'idée de perdre ce souvenir qui les fait souffrir, mais qui les fait également vivre. Avoir été séduite par Don Juan est une gloire qui efface la honte d'avoir été son jouet. Si Don Juan n'est plus lui-même, cette honte est trop grande. Car ce n'est pas cet homme qu'elles aiment, c'est le personnage : celui qui a séduit tant de femmes que son valet doit tenir une liste de ses conquètes, une sorte de livre de comptes.
On apprend qu'il est dû au fait qu'il a enfin trouvé l'amour du côté des hommes.
Sachez que le cauchemar qui se cache dans les angles phosphoriques de l'ombre, la fièvre qui palpe mon visage avec son moignon, chaque animal impur qui dresse sa griffe sanglante, eh bien, c'est ma volonté qui, pour donner un aliment stable à son activite perpétuelle, les fait tourner en rond.
Isidore Ducasse Lautreamont
"Rien ne fera revivre la splendeur de l'herbe ni celle des fleurs, mais il restera le souvenir ineffable et exaltant du passé"